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RÉFÉRENCE : EXP0055

LE JEU DE L'HOMBRE DU ROI CHARLES IV
Importante boîte à jetons du roi Charles IV. Dédiée au jeu de l'Hombre (voir note en bas de page de l'expert Thierry de Paulis)
Dans un coffret en bois laqué or de 2 couleurs aux motifs floraux, l'intérieur gainé de soie rouge contient 18 compartiments amovibles recevant les piles de jetons.
Au total 158 pièces de nacre, portant les valeurs 1, 5, 10, 20 et 100. Très épaisses et richement sculptées et gravées. Elles possèdent toutes sur le revers les grandes armoiries royales du roi d'Espagne Charles IV
Cette pièce historique possède un numéro d'inventaire, elle est assez complète de ses pièces, l'importante règle des paiements présente quelques manques sur sa frise extérieure.
Chine, pour le marché occidentale, vers 1800

      


Extrait du dictionnaire Larousse (Edition du XIXème siècle)

Charles IV, roi d’Espagne, fils et successeur de Charles III d’Espagne, né à Naples en 1748, mort à Rome en 1819. Il monta sur le trône en 1788. Jeune encore, il avait épousé sa cousine Marie-Louise de Parme, qui, dans la suite, prit sur son faible esprit un ascendant absolu, et causa en partie les malheurs de son règne. Il n’avait aucune des qualités gouvernementales de son père, et laissa péricliter l’œuvre de régénération commencée avant lui. Monarque indolent et apathique, époux aveugle et lâchement complaisant, il accorda toute sa confiance au trop fameux Godoy, favori de sa femme, qui, dominé lui-même par la reine, fit renvoyer un des ministres, les plus capables du règne précédent, Florida-Blanca, et contribua aux mesures les plus funestes de ce règne déplorable. Lorsque la Convention mit Louis XVI en jugement, le gouvernement de Charles IV intervint maladroitement pour sauver à prix d’or le monarque français, essaya sans plus de succès d’intimider ceux qu’il n’avait pu corrompre, et commença contre la République une guerre qu’il se trouva heureux de terminer en 1795 par le traité de Bale et par l’abandon de la partie espagnole de Saint-Domingue. La France lui imposa en même temps une alliance offensive et défensive qui l’obligea plus tard à faire la guerre au Portugal et à l’Angleterre. La perte de l’île de la Trinité, la rétrocession de la Louisiane à Napoléon, le pillage en mer de ses galions par les Anglais, la destruction de sa marine à Trafalgar sont les seuls fruits que recueillit l’Espagne, devenue en quelque sorte la vassale de l’Empereur, qui lui imposait des tributs d’hommes et d’argent et inspirait les actes les plus importants de sa politique. Abusé par un traité secret avec Napoléon, qui lui promettait une partie du Portugal, Charles IV laissa sans méfiance occuper une partie de l’Espagne parles troupes françaises, en même temps qu’entraîné par un complot de son fils Ferdinand et par une émeute à Aranjuez, il abdiquait, puis protestait presque aussitôt contre un acte qu’il prétendait lui avoir été arraché par la violence. Murat occupait Madrid ; Charles et Ferdinand, réduits à prendre pour arbitre de leurs différends et de leurs prétentions le souverain qui se préparait à les dépouiller, s’épuisaient en démarches, en intrigues et eh sollicitations, et se laissèrent enfin attirer à Bayonne (1808), où l’Empereur imposa à l’infant la renonciation à la couronne en faveur de son père, qui lui-même, par un acte inqualifiable, avait, dès la veille, abandonné tous ses droits à Napoléon, lequel adjugea le trône d’Espagne à son frère Joseph. Charles IV reçut pour résidence le château de Compiègne avec une pension considérable. Il vécut ensuite à Marseille, puis à Rome, conservant jusqu’à la fin de sa vie une confiance inaltérable dans l’épouse qui avait causé tous ses malheurs et dans l’homme qui l’avait entraîné dans l’abîme.

(Extrait du dictionnaire Larousse du dix-neuvième siècle)


Expertise de Mr De Paulis
Né en 1949 à Bordeaux, c est un historien indépendant des jeux et spécialement des cartes à jouer et des jeux de cartes, chairman de l'International Playing-Card Society, président de l'association Le Vieux Papier, membre du conseil d'administration de la Fondation du Musée Suisse du Jeu.
Il a publié nombre d'articles et d'ouvrages qui font autorité dans le domaine des jeux et des cartes à jouer. Il a collaboré à la revue Jeux et Stratégie pendant plusieurs années. Il publie sur l'Hombre en 1987 Ombre et lumière. Un peu de lumière sur l'hombre, dans The Playing-Card, XV-4, XVI-1, XVI-2,)
 

Merci encore de m'avoir montré cette extraordinaire boîte de jetons de Charles IV. Le jeu, dont le "tarif" figure sur le grand jeton, n'est pas dans mes bouquins espagnols.
Aucun livre publié en Espagne ne parle de ces options!
En dehors de quelques variations, tel le mécanisme de la voltereta, les traités de tresillo sont très peu détaillés et, finalement, assez modestes.
En revanche, je retrouve tous les détails observés sur le grand jeton dans LE traité majeur portugais de "voltarete", dont la première édition date de 1794:
- Tratado do jogo do voltarete, com as leis geraes do jogo, Lisbonne, 1794. (Les livres portugais sont bien plus détaillés et complets que les livres espagnols.)Je n'ai pas cette première édition, mais j'ai la 3e, de 1824. Je vous ai fait des scans des pages où l'on retrouve exactement le décompte présenté dans le jeton principal.
Ce livre nous fournit l'explication du mot "general" qui figure dans la têtière: ici, "Se faz todas as nove vasas ganha geral..." (bref, c'est un chelem), et le "Geral declarado" est un chelem annoncé.
En outre, le livre offre une option supérieure: le "Geral (declarado) em copas", chelem (annoncé) en cœur.
Le "voltarete de respeito" (jeton, "Volterete de Resp.to" = esp. respecto) est une façon de jouer avec un jeu fort, quand on possède les deux atouts majeurs, espadille (as de pique) et baste (as de trèfle), respectivement les 1er et 3e "matadors". On les expose sur la table, on prend une carte au talon qui désigne l'atout, et on joue...
Bref, on jouait chez Charles IV... à la portugaise.
A moins que ce ne soit un ensemble basé sur un modèle portugais, simplement traduit en espagnol pour la Cour de Madrid.
Les Portugais étaient présents en Chine depuis très longtemps, et ont dû être les premiers à profiter des talents de graveurs sur nacre des Chinois.
A lire les spécialistes anglo-saxons, il n'y a que les Anglais qui auraient fait faire des objets en nacre en Chine, mais les Portugais importaient des objets d'art chinois depuis le XVIe siècle!
Je les imagine capables de servir d'intermédiaire entre les Espagnols et les Chinois, ce qui expliquerait le modèle portugais du tableau de points...

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